Cheveux en or, cheveux en euro

Après les faits divers tous plus choquants les uns que les autres de ces derniers mois et publiés dans les journaux – parricides, infanticides, viols et pédophilie, meurtres, accidents routiers, kidnapping, attaques de dahalo, vindictes populaires, etc. ; toux les maux du monde sont finalement devenus le quotidien des malgaches.

LES FAITS

Pour ne pas me laisser déborder par ces horreurs,  je me suis réfugiée derrière la recrudescence de ces atrocités. J’ai essayé de ne pas me culpabiliser de ne pouvoir rien faire, à part écrire. Et justement, même écrire m’est devenu insupportable, parce que je ne peux m’empêcher de penser à ce que les victimes ont vécu, quand j’en parle ou que j’écris sur ces sujets.

Mais récemment, un déclic s’est produit en moi, à la lecture de « simples » faits divers, car apparemment anodins. Ils me seraient passés inaperçus si je n’avais pas regardé une émission de reportage sur le sujet récemment. Dans un quotidien de Tana, on relate des vols de cheveux dans des circonstances différentes mais avec les mêmes résultats :

  • Le premier article parle d’une jeune fille de 18 ans, en attente près d’un abribus en plein centre de la ville de Tana, soulevé par deux  hommes tandis qu’un troisième coupait ses longs cheveux avec des ciseaux. Une fois le crime commis, lesdits hommes l’ont délestée et de son sac à main, et de son portable.
  • Le second article relate le cas d’une autre femme, assise près d’un hublot d’un taxi-be (taxi collectif ou bus, souvent des minibus), et qui aurait été agrippée de l’extérieur par deux individus, dont l’un aurait découpé ses longs cheveux avec des ciseaux. A noter que ces faits ont eu lieu en plein jour, au vu et au su de tout le monde.

Et tout de suite, un autre flash me revient : celui de l’image d’une de mes grandes tantes, décédée dans les années fin 70, et qui avait de très longs cheveux, qu’elle disait vendre à très bon prix. Cette tante, réputée un peu sorcière à l’époque, devait avoir un secret pour les faire repousser très vite parce qu’elle a vendu ses cheveux au moins 3 fois avant de mourir, et elle avait même vendu ses cheveux presque entièrement blancs moins de deux ans avant sa mort, alors qu’on l’avait enterrée avec des cheveux longs qui lui tombaient sur les reins.

CHEVEUX EN OR, EN EURO

Alors, je me suis aussi souvenu d’un dossier spécial français, passé à la télé il y a 2 ans environ, sur le commerce des cheveux naturels. Commerce très lucratif et assez singulier, pour lequel on cite des chiffres faramineux en fonction du type de cheveux (brésilien, chinois, etc.), de la longueur et du poids, etc.  Je recherche sur le net et je trouve cette annonce :

« nous importons des cheveux 100 % naturel, noirs, d’Asie du Sud. Superbes et naturels, en vrac par 500 kg ou 1 kg ou plus.  Le prix des cheveux naturels est certes cher, mais la qualité est de mise.

Exemple :
– 500 grammes, 60 cm (55-60 cm) > 289 euros environ
– 1000 grammes, 60 cm (499 euros)
dès 1 kg, nous consulter.
disponibles aussi en 75 cm (70-75cm)
Images visibles sur les sites ou par e-mail
… »

Après un petit calcul rapide, avec le cours du gramme de l’or de 18 carats à en moyenne 5 euros, le prix de cheveux revient à la moitié de celui de l’or pour la même quantité.  On commence à comprendre cet  intérêt des malfaiteurs pour les cheveux, non seulement à Madagascar, mais surtout, comme j’ai pu voir sur Internet, partout dans le monde, avec un pic en Chine et en Inde, et cela depuis des années maintenant.

Pour en revenir aux récents vols de cheveux à Tana, je n’ose pas imaginer la détresse des victimes, dépourvues brutalement de cet attribut qu’est la chevelure. Et j’essaye de relativiser en me disant qu’heureusement, les cheveux repoussent au bout d’un moment.

Finalement, ces victimes s’en sortent mieux que les femmes vitriolées dont les cheveux hélas ne repousseront plus, sans espoir de cacher un visage défiguré à jamais par l’acide, à l’instar de ce qui est arrivée récemment à une jeune femme, victime de ce type d’agression commanditée par un Chinois avec lequel elle avait un litige.

Pauvres de nous Malgaches, parce que dans tout ça, ce qu’on perd c’est notre essence même, le respect de la vie, et  les valeurs qui nous ont différenciées des autres il n’y a pas si longtemps que ça. Et même si pour certains, la motivation est la vengeance,  finalement c’est au sacré nom de l’argent, euro ou autres, que nous vivons cette situation et que nous perdons, avant la vie, ce qui fait de nous un humain : notre dignité!

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